Les p'tites anecdotes de La plume : les règles de la maison

De nos jours, on voit de plus en plus, dans les magasins de déco, de jolis panneaux égrenant les « règles de la maison ». En français, en anglais, elles sont toutes très poétiques : « apprendre à pardonner, même si c’est difficile », « dire je t’aime », « aller au bout de ses rêves », « danser sous la pluie », etc.


Toutes ont leur importance, c’est vrai.


D’un point de vue un peu plus pragmatique, je suis tout de même surprise qu’une règle essentielle du bien-vivre ensemble manque à l’appel sur ces posters.

La règle qui dit « remettre un nouveau rouleau de papier toilette quand il est vide ».


Ben oui, quoi. C’est important. C’est pas romantique, soit, mais c'est important.


Ce genre de panneau n’était pas à la mode dans les années 80, mais n’empêche qu’il y avait bien sûr des règles tacites à respecter, chez nous comme ailleurs.


Lors de mon adolescence (qui fut une bien belle époque pour moi, mais a dû être un peu plus compliquée à gérer pour mes parents d’un point de vue domestique, je m'en rends compte au fil de la rédaction de mes billets de blog...), j’avais pris la fâcheuse manie de terminer les rouleaux de papier wc en oubliant, une fois sortie, d’aller en chercher un autre.


C'était juste de la distraction.


Mes parents me l’ont bien sûr régulièrement fait remarquer, sans succès (entre 12 et 15 ans, il me semble que j’étais atteinte d’une forme de surdité sélective assez sévère).


Jusqu’à ce qu’un jour, je fus prise à mon propre piège.


Mes parents, en ayant assez, ont fait comme moi : ils ont laissé le rouleau de papier toilette vide, sans en placer un nouveau dans la petite armoire qui était toujours censée contenir une recharge (que j’oubliais également, bien sûr).


Me voilà par un beau matin dans les WC. Ah, zut, il n’y a plus de papier (tiens…comment cela se peut-il donc ? ).


Interloquée, j’ouvre alors la porte des toilettes en hurlant de toute mes forces (un peu paniquée quand même…espérant que quelqu’un soit à portée de voix) : « Y’a plus d’papier !!! ».


Quel fut mon soulagement quand j’entendis mon père me répondre « j’arriiiive ».


Quelques secondes passèrent mais le soulagement fut de courte durée. Au lieu de frapper à la porte pour signaler son arrivée avec le rouleau du salut et me le passer discrètement, mon père me dit « tu es prête ? ».


Je répondis que oui.


Et, plutôt que de voir la porte s’ouvrir et le bras de mon paternel passer pour me tendre le papier rose triple épaisseur spécial fessier sensible, je vis une feuille (oui, une et une seule) feuille de papier toilette passer sous la porte.


C’est alors que mon père me dit « tu en as assez ? ».


Bien sûr, je protestai avec véhémence « Non !!! ».

Qu’espérait-il que je fasse avec une seule feuille, passée ainsi sous la porte ?


Une seconde feuille fit alors son apparition, par le même chemin.

« Et maintenant ? ».


« Ben non, toujours pas ! ».


Je sentis la panique commencer à m’envahir (comme on peut se sentir seul, parfois !) quand j’entendis mon père me demander « la prochaine fois, tu remettras du papier toi-même plutôt que de laisser les autres le faire à ta place ? ».


Je répondis bien évidemment que oui, avec tout l’enthousiasme dont j’étais capable.


« Promis ? ».

Il insistait, en plus. Et je pense même qu'il a ri (si, si).


« Oui, promis !!! ».

« Bien ».


La porte s’ouvrit, et le rouleau de papier d’un si joli rose apparut enfin.

Je fus sauvée.


Faire du chantage avec des gosses, c’est pas joli-joli.

A quoi on en vient quand on a un ado à la maison …



Une nouvelle explication de la théorie de la relativité: on peut être chez soi, dans un endroit très intime et pourtant se sentir seul et loin du monde civilisé...pour pas grand-chose