top of page

Exemple de récit de vie : quand un souvenir ordinaire devient une histoire

  • 29 juin
  • 8 min de lecture

« Ma vie n’a rien d’extraordinaire. » Cette phrase, je l’entends souvent. Elle est généralement prononcée avec un petit geste de la main, comme si ce geste pouvait balayer des années de joies, d’épreuves, de rencontres et de dimanches en famille. Comme si une vie ne méritait d’être racontée qu’à la condition d’avoir traversé l’Atlantique à la nage, découvert un trésor ou dîné avec la reine d’Angleterre. Pourtant, il suffit parfois de poser une question toute simple pour que mille souvenirs remontent à la surface et que la personne en face de moi se mette à raconter les anecdotes de son enfance avec enthousiasme. Un souvenir en amenant un autre, nous voilà partis dans une longue discussion…

Quand les souvenirs refont surface

Comment était la maison de votre enfance ? Comment reveniez-vous de l’école en été, en hiver ? Quelle odeur de gâteau vous revient lorsque vous pensez à votre grand-mère ? Quel objet votre père gardait-il toujours dans la poche de sa veste ?

Et voici que réapparaissent le papier peint à fleurs du couloir, l’odeur de la soupe qui mijotait sur la cuisinière et ce poste de radio qu’il ne fallait surtout pas toucher. D’autres images suivent : une main qui coupe le pain, une robe du dimanche, une boîte en fer remplie de boutons dépareillés. Le souvenir, jusque-là lointain et minuscule, commence à prendre toute la place.

C’est là que naît le récit de vie.

À travers cet exemple de récit de vie, je voudrais vous montrer comment un souvenir très simple peut devenir une scène vivante. Raconter sa vie demande bien sûr de dire ce qui s’est passé. Le récit prend toutefois une autre dimension lorsque vous retrouvez ce que vous avez vu à travers votre propre regard, ce que vous avez entendu et ce que vous avez ressenti. Cette perception n’appartient qu’à vous.

Exemple de récit de vie : à quoi ressemble un texte réussi ?

Un récit de vie dépasse largement un curriculum vitae enrichi de quelques émotions entre deux dates. Peut-être avez-vous déjà couché sur le papier :

Je suis née en 1948. J’ai fréquenté l’école du village. J’ai commencé à travailler à seize ans. Je me suis mariée en 1969 et j’ai eu trois enfants.

Ces renseignements sont très utiles, mais ils ne racontent pas encore toute votre histoire.

Où se trouvait cette école ? Fallait-il marcher longtemps pour s’y rendre ? Aviez-vous peur de l’institutrice ? Qu’avez-vous ressenti en quittant l’école pour entrer dans le monde du travail ? Comment avez-vous rencontré la personne que vous avez épousée quelques années plus tard ?

Entre deux dates se cache souvent une vie entière, elle-même entrelacée entre deux tranches de vie.

La précision plutôt que les grandes déclarations

Écrire « ma grand-mère était généreuse » dit bien sûr déjà beaucoup d’elle, mais cela reste assez général.

Écrire qu’elle ajoutait toujours une pomme dans le cartable de ses petits-enfants, même lorsque la corbeille à fruits était presque vide lorsque les temps étaient durs, nous la montre véritablement. Un détail bien choisi peut en dire davantage qu’un long portrait.

La sincérité, sans régler ses comptes

Un récit de vie peut bien sûr évoquer les blessures, les absences, les désaccords et les regrets, puisque nous en avons tous. Il ne sert pas à fabriquer une famille parfaite, car les familles parfaites ont surtout l’inconvénient de ne pas exister.

Raconter les faits avec sincérité ne signifie pas juger tous les personnages depuis le tribunal du présent. Les comportements prennent souvent un autre sens une fois qu’ils sont replacés dans leur époque, dans l’éducation reçue et à la lumière des difficultés traversées. Il est toutefois important de toujours rester sobre pour honorer la mémoire des disparus.

Des scènes plutôt qu’une succession d’événements

Lorsque tout est résumé, le lecteur comprend les faits, mais il reste à distance.

La scène le rapproche. Elle lui permet d’entrer dans une pièce, d’entendre une voix, d’apercevoir un visage. Elle donne du relief au souvenir sans lui retirer sa vérité.

Une voix qui reste celle de la personne

Enfin, votre récit de vie doit être écrit avec votre voix. Certaines personnes recherchent un livre avec un registre soutenu, d’autres ont envie qu’on « les entendent parler en les lisant », en retrouvant leurs expressions et leurs tournures de phrases. Certains s’expriment avec retenue. D’autres aiment les anecdotes, les formules imagées ou l’autodérision, tandis que d’autres racontent longuement les lieux et très peu leurs sentiments.

L’écriture préserve ces différences et leur donne une forme fluide, agréable à lire.

Un beau récit de vie, c’est celui dans lequel une personne peut se reconnaître et dire, après avoir lu quelques pages :

- Oui, c’est bien ma vie. Et c’est bien ma voix.

Un exemple de récit de vie court, avant et après la réécriture

Prenons une phrase toute simple :

Quand j’étais enfant, je passais mes vacances chez mes grands-parents.

Cette phrase donne une information claire. Elle situe une époque, un lieu familial et une habitude. Pourtant, elle laisse encore le lecteur devant la porte : il sait que ces vacances ont existé, mais il ne les voit pas.

Voici comment ce souvenir pourrait prendre une autre dimension :

Dès que la voiture tournait après le vieux calvaire, je guettais le toit de tuiles derrière les peupliers. Ma grand-mère nous attendait souvent sur le pas de la porte, son tablier encore poudré de farine. À peine descendue, je courais vers elle sans même penser à prendre ma valise. Dans la cuisine, une tarte refroidissait près de la fenêtre entrouverte. Je reconnaissais déjà l’odeur des pommes, mêlée à celle du café que mon grand-père laissait toujours trop longtemps sur le poêle.

Cet extrait est fictif et il s’inspire volontairement d’une situation ordinaire, partagée par de nombreuses familles : les vacances chez les grands-parents, une maison familière, une odeur de cuisine et la sensation d’être attendu.

Le souvenir de départ reste le même. Pourtant, la deuxième version permet au lecteur d’entrer dans la maison : il le toit derrière les arbres et sent presque la tarte aux pommes. L’émotion reste discrète. La narratrice ne déclare pas longuement combien elle aimait ses grands-parents. Le lecteur comprend l’attachement sans qu’il soit nécessaire de le lui expliquer.

La réécriture ne consiste pas à ajouter des détails au hasard pour rendre le texte plus joli. Chaque élément doit venir de la mémoire de la personne ou rester fidèle à ce qu’elle aurait pu voir et ressentir.

Près d’une usine, une maison n’est pas traversée par les mêmes bruits ni par les mêmes odeurs qu’une ferme isolée. Une enfance vécue dans une courée lilloise ne se raconte pas de la même façon que des vacances passées sur la côte d’Opale.

Votre histoire se trouve précisément dans ces différences. Deux personnes peuvent avoir passé tous leurs étés chez leurs grands-parents… mais elles ne raconteront jamais le même souvenir. Le récit de vie commence à prendre forme lorsque les mots retrouvent cette vérité-là : la vôtre.



Ecrire son histoire, seul ou accompagné d'un biographe professionnel dans le Nord


Comment transformer un souvenir pour en faire une scène vivante ?


Un souvenir revient rarement sous la forme d’un récit parfaitement construit. Il surgit plutôt par petits morceaux. Les détails apparaissent quelques minutes plus tard, parfois après une question qui semble presque anodine, ou parfois même dans la nuit qui suit notre entrevue. Pour écrire ses souvenirs, il faut accepter ce chemin un peu désordonné.


Les paroles méritent aussi leur place. Une expression familiale, une remontrance souvent répétée ou un surnom ancien apportent une couleur particulière au récit. Elles donnent parfois davantage de relief qu’une longue explication.


Le contexte de l’époque aide enfin à comprendre la scène. Le téléphone n’occupait pas la même place dans les foyers des années 1950 que dans ceux d’aujourd’hui. Le travail, l’éducation des enfants, les relations entre les générations ou la pratique religieuse ont également changé.


Cette mise en perspective permet au lecteur de mieux saisir vos choix et vos réactions. Elle évite de regarder toute une vie avec les seules lunettes du présent.



Par où commencer pour rédiger un récit de vie ?

La première page effraie souvent davantage que les suivantes. Vous avez peut-être devant vous des dizaines d’années de souvenirs, des albums entiers et plusieurs générations de personnages. La tentation de tout raconter dès le début devient vite paralysante.

Choisissez plutôt un souvenir précis.

Une matinée d’école, une fête de famille, le premier jour dans une usine, une rencontre, un départ ou le retour dans une maison longtemps quittée peuvent constituer un excellent point de départ.

Prenez ensuite quelques minutes pour écrire librement ce qui vous revient. Ne cherchez pas tout de suite la phrase parfaite : notez les images, les sensations, les expressions et les petits détails. Vous pourrez ensuite reprendre ce matériau et lui donner une forme plus harmonieuse.

Cette méthode convient particulièrement bien aux personnes qui souhaitent rédiger un récit de vie sans savoir comment organiser l’ensemble. Un souvenir en appelle souvent un autre. Une photographie conduit vers une personne. Cette personne rappelle une maison. La maison fait revenir un repas, une expression ou un dimanche heureux.

Votre premier texte n’a pas besoin d’être le premier chapitre du futur livre : il ouvre déjà une porte sur le passé et c’est un premier pas important.

Une fois plusieurs scènes écrites, des liens commencent à apparaître. Certains thèmes reviennent avec insistance : le travail, la famille, la liberté, le sentiment de devoir toujours être fort ou le désir de transmettre quelque chose aux enfants… ces fils invisibles donnent peu à peu sa cohérence au récit.

Écrire un récit de vie seul ou se faire accompagner ?

Vous pouvez tout à fait commencer seul. Un cahier, quelques photographies et un peu de temps suffisent pour retrouver de nombreux souvenirs. Cette écriture personnelle procure souvent beaucoup de plaisir. Elle permet de prendre son temps, de revenir sur une scène plusieurs jours plus tard et de choisir librement ce que vous souhaitez transmettre.

Certaines difficultés apparaissent toutefois en cours de route. Vous pouvez manquer de recul, vous perdre dans les dates ou hésiter entre plusieurs versions d’un même souvenir. Vous pouvez aussi savoir ce que vous voulez raconter sans parvenir à lui donner une forme satisfaisante. Un accompagnement apporte alors un cadre et un regard extérieur.

Les questions d’un biographe aident à préciser les lieux, les personnages et les émotions. Elles font parfois remonter des détails que vous n’auriez pas pensé à écrire spontanément. Le travail de rédaction permet ensuite de structurer les souvenirs sans gommer votre personnalité.

Plusieurs formes d’accompagnement existent. Vous pouvez faire relire quelques chapitres déjà écrits, recevoir de l’aide pour construire le plan ou avancer à deux sur l’ensemble du manuscrit. Vous pouvez également confier votre récit à une biographe (comme moi, par exemple 😊) qui mènera les entretiens, rédigera le texte et vous accompagnera jusqu’à la mise en page et à l’impression.

La distance ne constitue pas forcément un obstacle. Les rencontres peuvent avoir lieu dans le Nord, à Lille et dans les villes voisines de la métropole lilloise, ou se dérouler en visioconférence. L’essentiel reste la qualité de l’écoute et la confiance qui s’installe au fil des échanges.

Ma vie mérite-t-elle vraiment un livre ? Votre vie ne doit pas ressembler à un roman d’aventures pour mériter d’être racontée. Elle possède déjà ses personnages, ses décors, ses changements de direction et ses moments suspendus. Elle porte aussi une époque, des habitudes disparues et des façons de vivre que les générations suivantes connaissent parfois très mal. Un récit de vie transmet bien davantage qu’une suite d’événements. Il conserve une voix, un regard et une manière particulière d’habiter le monde. Vos enfants ou vos petits-enfants connaissent peut-être les grandes lignes de votre parcours. Ils ignorent pourtant ce que vous ressentiez le matin de votre première rentrée, la chanson que votre mère fredonnait dans la cuisine ou la raison pour laquelle une vieille boîte en fer vous accompagne depuis cinquante ans. Ces détails paraissent ordinaires aujourd’hui, ils seront des petits trésors pour eux demain.

Votre histoire existe déjà. Il ne reste plus qu’à lui donner une voix.

 
 
bottom of page